Livret A : faut-il encore y mettre son argent ?
Une conversation qui revient souvent
Lors de mes bilans financiers, j’entends régulièrement cette phrase : « J’épargne depuis dix ans, mais je n’ai pas l’impression d’avancer. » La personne en face de moi est sérieuse, régulière, disciplinée. Elle met de l’argent de côté chaque mois depuis des années. Et pourtant, son épargne ne semble pas construire quelque chose de concret.
La raison est presque toujours la même : l’argent dort. Il est là, sur un Livret A, disponible, sécurisé — mais il ne travaille pas. Et surtout, la personne n’a jamais entendu parler des intérêts composés, ou ne comprend pas concrètement ce que ce mécanisme change.
Ce qui vient de changer — et ce que ça signifie
Depuis le 1er février 2026, le taux du Livret A est fixé à 1,5 %. C’est la troisième baisse en moins d’un an : il était à 3 % début 2024, puis à 2,4 % en février 2025, à 1,7 % en août 2025, et maintenant à 1,5 %. Cette trajectoire baissière reflète le recul de l’inflation en France, qui s’établissait à environ 0,9 % sur l’année 2025 selon la Fédération bancaire française.
Ce contexte change la question qu’il faut se poser sur le Livret A. Pendant la période 2022-2024, avec une inflation élevée et un taux à 3 %, la question était simple : l’argent sur Livret A perdait moins qu’avant. En 2026, avec une inflation faible et un taux à 1,5 %, l’équation est différente — et souvent mal comprise.
1,5 %
Taux du Livret A depuis le 1er février 2026 (contre 3 % en 2024). L’encours total des livrets réglementés dépasse 615 milliards d’euros en France. (FBF, février 2026)
Ce que le Livret A fait bien — et pourquoi il garde sa place
Le Livret A remplit une fonction spécifique et irremplaçable : c’est l’épargne de précaution. Disponible immédiatement, sans risque de perte en capital, exonéré d’impôt et de prélèvements sociaux, il est l’outil idéal pour constituer un coussin de sécurité — généralement estimé entre trois et six mois de charges fixes.
Selon les données de l’INSEE et de la Banque de France, 89 % des Français possèdent au moins un produit d’épargne réglementée. Le Livret A reste le placement préféré des ménages, perçu comme « le meilleur produit d’épargne » par près d’un tiers des non-retraités selon un sondage Ipsos de 2025. Cette popularité n’est pas irrationnelle : pour l’épargne de précaution, il n’y a pas de meilleur outil dans le paysage français.
Mais voilà l’erreur la plus fréquente que j’observe dans les bilans financiers : utiliser le Livret A non comme une épargne de précaution, mais comme toute l’épargne. Quand 50 000 € dorment sur un Livret A depuis dix ans sans objectif précis, la question n’est plus « est-ce que le Livret A est bien ? » — c’est « est-ce que ces 50 000 € sont au bon endroit ? »
Quand le Livret A devient un frein
À 1,5 %, le Livret A offre un rendement réel légèrement positif dans le contexte actuel de faible inflation. Mais sur longue période, et à condition que l’inflation remonte, l’argent laissé sur un livret perd du pouvoir d’achat réel. L’assurance-vie en fonds euros, par exemple, affichait un taux de revalorisation moyen de 2,65 % net de prélèvements sur encours en 2025, selon l’ACPR. Sur dix ou vingt ans, cet écart de 1 point par an produit des différences considérables.
La vraie question n’est donc pas binaire. Ce n’est pas « Livret A ou pas Livret A ». C’est : quel rôle chaque euro joue-t-il dans ma stratégie d’épargne globale ? L’argent de précaution a sa place sur le Livret A. L’argent de long terme mérite un support différent.
Les alternatives adaptées selon l’horizon
Pour l’épargne à horizon 8 ans et plus, l’assurance-vie en unités de compte offre un potentiel de rendement nettement supérieur, avec une fiscalité avantageuse après 8 ans de détention. Pour l’épargne-retraite, le PER permet de déduire les versements du revenu imposable — un avantage fiscal immédiat particulièrement intéressant pour les profils fortement imposés. Pour l’investissement boursier sur 5 ans minimum, le PEA permet une exonération totale d’impôt sur les plus-values après 5 ans (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus).
Aucun de ces supports n’est universel. Chacun répond à un objectif, un horizon et un profil de risque différents. Ce qui est certain, c’est qu’un Livret A seul — même bien garni — ne constitue pas une stratégie d’épargne.
La question à se poser dès maintenant
Si vous avez plusieurs milliers d’euros sur votre Livret A au-delà de votre épargne de précaution, une seule question mérite d’être posée : à quoi cet argent est-il destiné, et dans quel délai ? La réponse à cette question détermine quel support est réellement adapté à votre situation. C’est précisément ce que nous abordons lors d’un bilan de situation.
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Réserver mon bilan de situation →- economie.gouv.fr — Taux de l’épargne réglementée (Livret A, LEP) au 1er février 2026
- Banque de France — Rémunération des livrets d’épargne réglementée
- AMF — Autorité des marchés financiers
- Les clés de la banque — Fédération bancaire française
Cet article a une visée pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation d’achat ou de vente.








